Comment diable les natifs des Mauges
appellent-ils les gens de l’extérieur qui, avec
la hausse des prix de l’immobilier à Nantes
et la percée des voies autoroutières, viennent
s’installer sur ces terres
de la Vendée militaire et chambouler les
habitudes
en réclamant pour leurs bambins des écoles laïques
et républicaines ? Christophe l’a sur le bout de la
langue. À la table du collectif pour la promotion de l’école
publique dans les Mauges, chacun se creuse la tête. Enseignants
et/ou parents d’élèves, tous sèchent, sauf Dominique et
Thierry : chez eux, au Fuilet, les gens du cru stigmatisent
les « parvenus ». Plus tard, d’autres sources évoqueront
les « survenus ».
Sourire aux lèvres, Stéphanie se souvient du
jour où elle a trébuché sur ce « communautarisme ».
Elle débarque à la mairie de Gesté. « Pardon, elle est
où, l’école ? » demande-t-elle. Naturellement, on
lui indique l’établissement privé du village. « Non,
moi, c’est pas ça, reprend-elle. L’école, elle est où ? »
Elle n’est nulle part
en ce début d’année scolaire 2004-2005. Des
parents en exigent alors l’ouverture - refus catégorique du
maire. Ils demandent une enquête estimant le nombre
d’inscriptions possibles - niet. Ils font le travail eux-mêmes
et découvrent 70 enfants
de Gesté dont les parents déclarent qu’ils
sont prêts
à les inscrire à l’école publique. « Après,
ça a
été un combat, témoigne Stéphanie. On a
manifesté, occupé les locaux... Le maire, qui est le notaire
du village, a tenté de nous le faire payer. Mais personne n’a
plié et, début juillet 2005, sous la pression, le conseil
municipal a été obligé de voter l’ouverture de l’école. »
Et à partir de ces batailles concrètes, comme
à Gesté mais aussi à Jallais, où l’école publique
rouvrira ses portes à la rentrée prochaine, le collectif
reprend la lutte là où, au mitan des années quatre-vingt,
elle s’était interrompue avec la pose sauvage de la « première
pierre » du lycée public au coeur des Mauges. Les
militants s’appuient sur le brassage démographique croissant
et, bien entendu, sur le basculement à gauche de la région
Pays de la Loire. Ils tiennent le pari d’une « normalisation » :
le conseil régional vient de voter l’ouverture en 2012 d’un
lycée public à Beaupréau. La deuxième pierre, et toutes les
autres, sont pour bientôt.
Au tour du conseil général de construire le
collège, mais sur cette terre de tradition UDF, où le « centrisme »
de François Bayrou affiche un visage plus contre-révolutionnaire
que « révolutionnaire », c’est une autre paire de
manches : « Dans la majorité de droite, il y a des
élus qui combattent encore l’école de Jules Ferry, raille
Roland. À les entendre, elle est responsable de tous les maux
de la Terre, de la violence au réchauffement climatique. »
Christophe n’y tient plus : « Tout
ce qu’on raconte, c’est vrai, mais les politiques se servent
aussi de ces prétendues traditions pour gérer l’éducation
à l’économie, affirme le syndicaliste du SNUipp. Il n’y a
pas de fatalité, les élus de droite ne sont pas des chouans,
ils mènent aussi une politique précise qui va contre le
service public. » En écho, à l’union locale CGT,
Jean-Luc énumère les dernières attaques : une antenne
clientèle d’EDF fermée dans la sous-préfecture, des bureaux
de poste liquidés en zone rurale, mais aussi dans un quartier
populaire de Cholet, etc. Derrière cette carte scolaire
biscornue, le travail de sape contre le service public se
poursuit, banalement.
Thomas Lemahieu